Covid-19

Click and Collect : ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Laurent Frechet du GNI, nous alerte sur les éléments à prendre en compte avant de se lancer dans la vente à emporter ou click & collect pendant la crise Covid-19. 

Pourquoi la vente à emporter (click & collect en anglais) peut-elle devenir problématique pour le restaurateur ?

Laurent Frechet  : De nombreux restaurateurs souhaitent lancer la vente à emporter dans l’espoir de pérenniser leur activité. Maintenir un lien avec ses clients, leur permettre de manger bon et frais durant cette période de confinement est quelque chose de beau et d’honorable ; il ne faut cependant pas que cette belle idée se retourne contre eux car certains paramètres de l’équation auraient été ignorés Dans un contexte normal, j’encourage vivement les restaurateurs à essayer et à développer différents relais de croissance. Mais nous vivons une période inédite, et je pense qu’il est important d’avoir toutes les informations en sa possession avant de se lancer dans quelque chose de nouveau. Là où en règle générale la majorité des coûts est supportée par une activité sur place, dans ce contexte précis de fermeture de nos établissements, ces mêmes coûts ne seront supportés que par une activité marginale

Le marché du click & collect est un secteur déjà très concurrentiel ? 

Laurent Frechet : Oui effectivement,  un des éléments principaux à garder en tête c’est que ce marché est déjà très convoité par de nombreux restaurateurs, et qui ont eu l’occasion de faire leurs armes et possèdent donc une véritable expérience sur la vente à emporter. Ils savent déjà évaluer l’équilibre dont ils ont besoin entre leurs coûts fixes et leurs coûts variables. C’est impératif d’évaluer réellement le potentiel du marché avant de se lancer. Les clients ne sont pas les mêmes, et la chaîne de fabrication est également différente. 

Vous avez également alerté les restaurateurs sur un élément juridique important…

Laurent Frechet  : En effet, le 14 mars il a été prononcé un arrêté qui exige la fermeture des établissements recevant du public “non indispensables à la vie du pays” , ce qui a entraîné la fermeture de nombreux établissements le 15 mars. Le gouvernement a par la suite précisé que les locataires avaient la possibilité de bénéficier d’une suspension temporaire de leurs loyers commerciaux dans le cadre d’un contexte de force majeure. La situation de force majeure se caractérise par un événement extérieur, irrésistible (insurmontable) et imprévisible. Elle est prévue par l’article 1218 du Code civil. 

C’est une situation exceptionnelle et fort heureusement de nombreux bailleurs ont déjà pris position favorablement à ce sujet. Or dans le cadre de la mise en place d’une activité de vente à emporter, il demeure évident aux yeux du bailleur que le local continue d’être utilisé et n’entre donc pas dans le cas de force majeur. Et cela entraîne pour le restaurateur l’impossibilité de demander une suspension des loyers. 

Cela signifie-t-il que les restaurateurs qui souhaitent mettre en place la vente à emporter se doivent d’être en mesure de gérer les coûts et charges d’une reprise d’activité complète ?

Laurent Frechet : Oui exactement, si ils décident de mettre en place une activité de vente à emporter, ils doivent impérativement entrer dans leurs calculs qu’ils auront également à payer les loyers des locaux et les coûts annexes qu’ils exploitent dans le cadre de cette nouvelle activité.

Néanmoins, ils peuvent évidemment contacter leur bailleur en amont pour exprimer une volonté de mettre en place ce nouveau service et négocier certains termes avec lui. Encore une fois, j’encourage vivement la continuité du service. Comme tous les français, la convivialité et l’expérience d’un restaurant manque surtout à cette période, et je suis le premier à vouloir soutenir nos restaurateurs et profiter de leur cuisine. On peut maintenir un vrai lien avec ses clients, et c’est un élément précieux. 

Zenchef, 26 mars 2020