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Comment les femmes se sont imposées dans le secteur masculin de l’hôtellerie-restauration ?

Un peu avant la journée de la femme, Claire Sonnet, directrice du restaurant l’Ecrin-Hôtel de Crillon, Aurélie Panhelleux, co-propriétaire du CopperBay et Johanna Messere, chef sommelière au bistrot Bon Georges, étaient les invitées du CFA Médéric, l’école hôtelière de Paris pour une conférence intitulée “Drôle de Dames”. De la sommellerie à la mixologie en passant par le service, chacune a su intégrer un milieu encore très masculin, elles sont revenues sur leur parcours, des obstacles à la reconnaissance de leur travail.

Les évolutions d’un secteur très masculin

La parité en restauration

Elles ont choisi un secteur représenté majoritairement par des hommes, pourtant elles ont réussi à faire leur place. Malgré la parité universelle souhaitée, les femmes restent toujours minoritaires dans les cuisines et en salle. Selon une étude de la Fafih (Organisme Paritaire Collecteur Agréé de l’Hôtellerie, de la Restauration, des Loisirs et des Activités de Tourisme) en 2012, “Les femmes représentent 28 % des cuisiniers, et 40 % des exploitants des restaurants de moins de 10 salariés”. Cette année, elles furent d’ailleurs les grandes oubliées du guide Michelin, aucune d’entres elles n’ayant été récompensées par une étoile.

Un secteur en évolution

Durant la conférence, Aurélie Panhelleux a cependant sougliné évolutions du secteur : “J’ai pu à mes débuts postuler pour des grandes maisons, mais on me répondait régulièrement « On ne prend pas de fille ici”. Et, sans m’en rendre compte, cela m’a impacté, je me comportais comme un garçon. Par exemple, je ne me maquillais pas. »

De la persévérance à la reconnaissance

L’arrivée des « Drôles de Dames »

Leur ténacité leur a tout de même permis de devenir parfois les premières femmes embauchées dans certains établissements. Aurélie Panhelleux rappelait ainsi son parcours : “J’ai eu beaucoup de chance, j’ai été embauchée au Forum, Boulevard Malesherbes, à Paris. Ils ne prenaient pas de filles à la base, je me suis battue pour décrocher ma place. Mais j’avais alors une certaine pression, si ça ne fonctionnait pas, je savais que jamais une fille ne serait ré-embauchée.” Cette pression évoquée, Claire Sonnet l’a également connue en étant la première femme embauchée au sein du Plaza Athénée, le palace du 8ème arrondissement de Paris.

La force de leur féminité

En tant que femme dans un milieu d’homme, elles ont appris à se faire respecter. Pour cela, elles soulignent tout de même avoir travaillé deux fois plus, pour apprendre à se “blinder”. Avec l’aide et le soutien de leurs mentors entre autres, elles ont appris à assumer leur féminité dans le secteur de la restauration et ne pas la percevoir comme une faiblesse.

Une question de mérite

Pourtant leur position de femme a finalement apporté quelque chose en plus au sein des entreprises. Selon Johanna Messere : “les femmes sommelières ont plus de sensibilité, elles ont apparemment une approche complètement différente. Elles apportent plus de chaleur et de douceur dans l’équipe”. Aujourd’hui, de plus en plus de monde reconnaissent qu’un équilibre est nécessaire dans une brigade. Pour cela, il faut différents profils, différentes personnalités, chaque personne ayant sa sensibilité et il est nécessaire que chacun puisse s’exprimer.

Heba Hitti, 8 mars 2018

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