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No-show : 4 réactions insolites de chefs et restaurateurs sur les réseaux sociaux

Restaurants étoilés Michelin, bistrots de quartier, chaînes… Aucun établissement n’est épargné par ce phénomène calamiteux : le no-show. C’est ainsi que l’on appelle le comportement qui consiste à réserver dans un restaurant puis à ne pas se présenter, sans avoir annulé. Aujourd’hui, face à l’ampleur des dégâts causés par les poseurs de lapins, les chefs et les restaurateurs prennent position.

#1 La lettre ouverte

Qui n’a pas lu la saisissante, l’incisive, Lettre ouverte à Martin, qui a presque fêté ses 30 ans chez nous hier soir, publiée par Jean Valfort, fondateur du Groupe Panorama ? Véritable cri du coeur, empreint d’humour, il n’en demeure pas moins dénonciateur avec beaucoup de justesse d’un comportement « fourbe ». Un comportement dévastateur pour la performance des petits et grands établissements.  Car, comme il le rappelle si bien, « un restaurant, c’est avant tout une entreprise. Avec des équipes, des frais, des emprunts.« , et après tout, « quel commerce accepterait encore de vous vendre potentiellement un produit sans que vous ne soyez engagé à l’acheter ? ». Ce puissant coup de gueule, relayé des milliers de fois, a eu le mérite d’attirer l’attention sur une attitude dont les répercussions économiques commencent à peser sur le secteur.

#2 La dénonciation des clients

Gérant du restaurant KokOvin à Saint-Nicolas, le chef cuisiner Dominiek Brouwers avait partagé sur sa page Facebook deux photos d’une table dressée, accompagnées de la légende suivante : « ces belles tables bien dressées sont malheureusement restées vides toute la soirée« . Il a par ailleurs publié le nom de « l’indélicat », qui aurait fait une réservation pour dix personnes pour ce soir là et n’a plus donné signe de vie malgré les appels de l’établissement. Face au tollé provoqué par la publication, ce dernier a même été contraint de s’expliquer au Nieuwsblad Online et a réclamé la suppression du post, craignant pour sa réputation. Même réaction du côté du Restaurant Le Cappiello, client Zenchef, qui apostrophe son poseur de lapin en affichant sur sa page la fameuse photo de la table demeurée vide.

Au Noma, le chef René Redzepi a été encore plus loin en postant sur le compte Twitter du Noma la photo ci-dessous, accompagnée de la légende « Et voici un message de la part de l’équipe du Noma aux personnes des deux tables qui ont fait un no-show hier soir… ».

Sans aller jusqu’à moraliser ses convives indélicats, le chef du bistrot Brutos a consacré à une « story » sur Instagram au cochon de lait qu’il avait préparé spécialement pour 5 personnes qui ne se sont pas présentés. Relayée par de nombreux restaurateurs, la publication lui a permis de vendre son mets et de limiter les pertes.

#3 La campagne anti no-show

Restaurateur anglais, c’est le réseau Twitter que Damian Wawrzyiak a choisi pour lancer son combat contre les poseurs de lapins après une perte de 3000£ en un weekend. Sous la bannière du hashtag #StopNoShow, la campagne a rencontré un franc succès auprès de centaines de restaurants anglais.

Invité sur les plateaux télé, le chef remarque que les no-show menacent le secteur de la restauration. « Quand j’ai commencé à aborder le sujet du no-show l’année dernière, de nombreux restaurateurs et chefs se sont mis en relation avec moi pour exprimer leur soutien. Nous avons tous vu les gros titres sur les grands restaurants et les chaînes qui peinent à survivre et qui ferment; et la tendance du no-show empire la situation. Lorsque l’on réserve dans un restaurant, on règle une caution ou la totalité de la prestation. Il en va de même pour les réservations de vol. Pourquoi la réservation au restaurant doit-elle être différente ? ». « Je suis ravi que ce sujet ait enfin la reconnaissance qu’il mérite« .

Cette campagne anti no-show n’est pas sans rappeler la campagne #Respecttherestaurant, lancée fin 2016 par le restaurateur Darcy MacDonell, également sur Twitter.

#4 La fermeture du restaurant

C’est une décision un peu radicale, mais il est arrivé que des établissements ferment afin d’éviter les pertes et les frustrations liées au no-show. C’est le cas du restaurant Grumman 78 à Montréal qui n’a pas souhaité accueillir de convives, le soir le plus chargé de l’année pour les restaurants : celui de la Saint-Valentin. Et c’est sur son compte Instagram que l’annonce a été faite. Il faut dire que la fête des amoureux n’est pas sans mésaventures pour les restaurants. À titre d’exemple, le Bar 44, à Cardiff, a enregistré 16 no-show ce soir là, avec une perte de chiffre d’affaires estimé à 1300£. « C’est comme une gifle en pleine face«  se plaint un autre restaurateur de Vancouver qui a enregistré 20% de no-show ce soir là; « les conséquences ne sont pas seulement financières ! »

 

 

Heba Hitti, 17 juin 2019

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